Mon chemin de Compostelle
Partie 2 - de Burgos à Santiago de Compostelle
... Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni réussir pour persévérer

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Le 4 septembre 2006, je repars pour Burgos où avait pris fin mon cheminement en 2005.
Il fait chaud à Burgos en milieu d'après midi, ce sera un avant-goût de ce qui m'attend dans les prochains jours. Cette année je partirai avec Liv, une avocate norvégienne, qui poursuit
le chemin entrepris en mai et qui, elle aussi, repart de Burgos. Le lendemain à 8 hr on se rencontre en face de la cathédrale, quelques mots et on est parti dans la fraîcheur du matin pour notre première étape, Hornillos del Camino.Dès 10 hr la chaleur monte, bientôt il fait 37°C et on affronte la Meseta où les arbres et l'ombre sont inexistant. La longue montée vers Hornillos est plutôt pénible avec le décallage horaire en plus ! Soudain dans cette montée quelques arbres verdoyant, une fontaine et des bancs. Liv s'écrie "oasis !"; bientôt on est à l'ombre, on boit et on se repose. Mais il faut repartir et là la température va atteindre un maximum qui ne sera plus battu jusqu'à la fin du voyage, il fait 41°C quand nous abordons la descente vers Hornillo qui porte bien son nom "la cuesta de matamulos", la côte tueuse de mules...
L'auberge est complète et les responsables nous placent dans le gymnase; c'est heureux car l'air y est moins chaud et circule d'avantage. Je m'écrase littéralement et je dors 1 heure, complètement vidé... mon "camelpack" aussi.
Après une superbe douche on va au Bar Casa Mando. On se tape du jambon/melon, des boulettes et des frites, un déssert et un café pour 8,50€ vin rouge inclus. Une bonne nuit de sommeil dans le gymnase avec un bon courant d'air... très réparateur.
On part vers 7:30 hr, le soleil se lève; il fait frais et c'est très agréable pour marcher. On arrive à Hontanas vers 10:45 hr. Il fait toujours frais et même de gros nuages gris se profilent à l'horizon; quelques gouttes mais rien d'inquiétant sauf pour le tonnerre qui semble nous poursuivre.En approchant de Castrojeriz on traverse les ruines du couvent de San Anton où se trouve une auberge de pélerins. C'est un beau site et c'est dommage qu'il ne soit pas mieux entretenu. Arrivée à Castrojeriz vers 14:30 hr. On s'installe à l'auberge privée "Casa Nostra"; bon accueil du propriétaire. Lavage du linge pour 3 €; 6€ pour la nuit. Toujours la même routine, douche, lavage, diner vers 20 hr et dodo à 22 hr.
Départ de Castrojeriz au lever du soleil. Après un joli bout de chemin ça monte "raidissime" durant 1 bonne heure. Arrivé au sommet la vue est magnifique mais je suis déjà trop fatigué pour en apprécier toute la beauté. La descente est assez raide (quoi de neuf ?) et le soleil recommence à taper dur. Vers 11 hr la chaleur est étouffante et va atteindre 40°C... 1 degré de moins qu'hier ! On arrête à Itero de La Vega pour le lunch. Je mange à peine le midi car il fait trop chaud. Liv et moi on repart dans la fournaise et on met fin à notre journée à Boadillo del Camino.
Arrêt à l'auberge municipale partagée avec avec un couple de Tchèques. Après la douche je m'aventure dans le petit village, doté d'une très belle église et là je fais la découverte de ce que je considère le "Club Med du Camino". Tout est gris et brun dans le village et la campagne environnante quand, passant sous un portique moyen-ageux, je découvre un endroit couvert d'herbe d'un vert tendre, des fleurs et une piscine d'un bleu tropical. Dans cet endroit surréaliste des filles en bikini et des pélerins se dorant au soleil... je dois rêver. Cet endroit a la réputation d'être une des plus belles auberges privées du Camino. Les facilités sont excellentes mais il semble que les lits sont vraiment très collés les uns aux autres. Le souper y est excellent toutefois.Le lendemain réveil à 7hr45 ! Ça fait plutôt touriste car à cette heure les vrais pélerins sont déjà en marche depuis 1 heure au moins. On arrive assez rapidement à Fromista et Liv et moi on décide de prendre un arrêt dans cette ville pour refaire nos forces après ces journées infernales. Belle auberge municipale qui ouvre à 12:30 hr. On dîne léger, on fait de la lessive et on se repose. Gros orage de vent en fin de soirée, un type ronfle à faire craquer les murs. Le matin je pars à 6:30 hr.
Arrivée à Carrión de los Condes dans la grosse chaleur du midi. Beaucoup de cars de touristes ont envahi la ville. L'après-midi est assez lente à passer et, le soir, j'ai encore droit à un orage carabiné avec une pluie féroce, une chance que je ne suis pas sur le chemin !Les 2 prochains jours je poursuis dans la Méseta, toujours aussi chaude et je rejoins enfin Sahagun. C'est la province de Léon et quoique la ville soit assez insignifiante l'auberge, une ancienne église, transformée en salle de concert, abrite les chambres des pélerins à l'étage. La nuit est chaude et le matin tôt, départ pour Mansilla de las Mulas et Léon. Trois jours plus tard, j'y serai.
León est certes la plus grande et la plus active des villes traversées par le Camino. Beaucoup de traffic et je m'y prendrai un hôtel afin de me reposer plus confortablement que dans une auberge. Mon horaire ne me permet pas de rester une autre journée, aussi je devrai faire la visite de la ville l'après-midi et le soir de mon arrivée.
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La cathédrale est belle mais moins que celle de Burgos. Toutefois les vitraux sont exceptionnels. Le musée de la cathédrale est bien en dépis des guides qui se montrent assez agressifs quant au temps passé dans le cloître... je n'ai pas compris pourquoi. La visite de la petite église de San Isidoro s'impose car cette dernière est magnifique. Visite aussi du Parador San Marco où on peut admirer les nombreuses stèles romaines autour du cloître.

Réveil à 6 hr, douche et habillage et c'est reparti ! La traversée des faubourgs de Léon est assez pénible et après presque 2 heures je parviens à la Virgen del Camino; croissant, jus et café sont les bienvenus. Je prends la direction de Villar del Mazariffe plutôt que de suivre le Camino Real collé sur la route nationale; un peu de silence fera du bien après le bruit et la polution de Léon. Effectivement la route est calme et sent bon les fleurs et la terre humide. On entend les oiseaux chanter. Je traverse des petits villages endormis, mes pieds ne me font plus souffrir et c'est vraiment la 1ère journée où je me sens réellement bien; la route ondule mais ça c'est l'Espagne. Arrivé à Villar de Mazariffe, je choisis l'auberge privée Tio Pépé où je suis très bien reçus par les propriétaires. Chambre et douche très propres. La température fraîchit et les nuages arrivent vers 14:30 hr, il pleuvera la nuit.
Départ comme à l'habitude vers les 7:30 hr. Ce matin il fait beau et je me dirige d'un bon pas vers Hospital de Orbigo. La route et le chemin se confondent, c'est un peu ennuyant mais c'est loin du trafic de la route nationale. Le vent est apparu et la fraîcheur remplace maintenant la chaleur torride des derniers jours. Je dois porter mon imperméable.
Arrivée à Hospital de Orbigo, ville assez ordinaire si ce n'est de son pont roman de plus de 200 m. La légende veut que sur ce pont don Suero de Quinones livra bataille durant 1 mois, en 1434, avec 9 compagnons chevaliers pour l'honneur d'une dame à tout autre chevalier qui voudrait franchir le pont; cette légende, dit-on, a inspiré Cervantès dans la création de son don Quichotte.J'attends Liv et la jeune belge de Tournai au bout du pont. Elles arrivent enfin mais j'ai trop froid et plutôt que d'attendre l'heure du diner avec elles, je décide de continuer seul. Je pousse de quelques kilometres vers Santibanez de Valdeiglesias, tout petit village qui semble mourir lentement faute d'habitants, de pélerins et d'activités... aucun magazin dans le village ! Seule l'auberge et son hospitalero italien, super aimable et dévoué et qui a hâte de revoir Rome sa ville natale, semble troubler le silence du village.
L'auberge est des plus rustique: toilettes et douches dans le jardin !
Aussitôt arrivé l'hospitalero me fait une soupe de poulet aux vermicelles et une salade de tomates avec du pain. Sublime. Il me parle de son séjour dans cette auberge qui appartient au prêtre du village qui est malade et qui souvent n'a même pas assez d'argent pour payer le compte d'électricité. Il n'a pas de moyen de déplacement et aussi il fait 4km aller-retour pour chercher les provisions qu'il offre aux pélerins avec sa verve italienne et sa bonne humeur. C'est de tout mon camino une des plus pauvres auberges mais de loin la plus accueillante et chaleureuse qu'il m'ait été donné d'y habiter. Jamais je n'oublierai cet homme généreux.Le soir quand Liv et la jeune belge seront finalement arrivées il nous fera une soupe aux lentilles et des pâtes, une pure merveille.
Parti vers 8 hr sous un beau soleil malgré la fraîcheur, je quitte Santibanez pour Astorga. En quittant le village le chemin est très mal indiqué et je me fie aux traces de semelles dans la terre pour me guider. Je suis chanceux et je ne me trompe pas. Je progresse bien malgré le vent glacial et bientôt je vois Astorga, la romaine, au loin.
La route pour monter à la vieille ville est raide et finalement j'arrête dans un café où il y a du soleil et je m'y repose quelques minutes.
Le chemin est plutôt mal indiqué et je dois demander la direction à plusieurs occasions. Je visite la cathédrale et je contemple le palais épiscopal concu en 1889 par l'architecte catalan Gaudi, tout à côté. Un pure délire selon moi.Je poursuis mon chemin car je veux m'avancer un peu en prévision de l'étape vers Rabanal qui est assez longue. J'arrêterai au refuge privé de Murias de Rechivaldo. Très belle auberge style hacienda, superbe accueil et nuit absolument glaciale. Le soir pour souper les hospitaleros ont du faire du feu dans la salle à manger tellement il faisait froid. De plus, drame de ma vie, horreur totale, le lendemain je m'apperceverai que j'ai attrapé les fameux "bed bugs" du camino, sortes de puces de lit qui te font des rougeurs sur le corps avec une démangeaison du diable ! J'ai du m'arrêter le lendemain dans un hôtel afin de laver TOUT mon linge et mon sac de couchage en plus de devoir soigner ces rougeurs afin de prévenir toute infection.
Ca a marché car deux jours après les rougeurs sur le corps et les démangeaisons commencaient à disparaître.Départ à 8 hr, le chemin est bien jusqu'à Rabanal del Camino. Trop tôt pour m'y arrêter pour la journée, je décide de continuer jusqu'à Foncébadon qui, sur ma carte, m'apparait tout près... si j'avais seulement regardé la dénivellation ! Ca grimpe de façon démente et dans les pentes couvertes de genets et de bruyères je peine durement. Je rejoins finalement Foncébadon et je réalise que je suis monté à 1443 m !
Foncébadon, quelle misère. Une douzaine de maison, dont 9 en ruines, et une petite église dont les cloches et la façade menacent de s'éffondrer à tout moment. Quelques vaches et des chèvres s'y promènent librement. Un regard en arrière nous fait découvrir toute la plaine ocre de la province de "Castilla y Leon". Le refuge est minable et l'hospitalero guère accueillant.
Pourtant dans la soirée le refuge sera entièrement rempli, surtout d'allemands. Rien à manger si ce n'est à un hostal qui se trouve à l'entrée du "village". La nuit se passe et au matin il pleut un peu. Un crachin qui va me poursuivre au delà de la "Cruz de fero", un des haut lieux du camino. Il fait encore sombre quand j'y parviens.Il y a de plus en plus de verdure, la pluie y est pour quelque chose, et on sent que la Galice approche, le but ultime aussi. Je décide de pousser aujourd'hui jusqu'à Molinaseca et je prends la route pour y arriver. Ca me fait un détour et je rajoute quelques km mais ça en vaut la peine car la descente dans la vallée est à couper le souffle. C'est magnifique et personne pour rompre le silence, à peine 3 ou 4 voitures sur plusieurs km. C'est ici que je profite pour faire le grand lavage de mon linge et pour bien m'alimenter. La vue de la chambre surla montagne est sublime, la nourriture est excellente, bref tout est parfait.
Et redépart le matin vers 7:40 hr en direction de Ponferada. C'est très beau d'appercevoir cette ville de loin au petit matin; de plus il fait beau et chaud, le soleil est revenu. Clopin-clopant j'entre dans la ville et ma priorité est de me réalimenter en euros.
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Aucun problème, il y a toujours des banques avec des guichets de débits automatiques. Je prends un café/croissant avec un monsieur de New-York aux pieds du chateau des templiers qui subit une cure majeure de rajeunissement, il y a des échafaudages partout.
Petit tour de ville et je repars par les faubourgs où il y a une espèce de cité jardin avec de petites maisons et des duplexes en rangées; plus loin les maisons sont nettement plus grosses et doivent appartenir à des notables de la ville. Je suis maintenant dans la vallée du Bierzo, grande région vinicole entre les monts de Leon et les montagnes de Galice. Les vendanges ont commencé et de nombreuses personnes travaillent dans les vignobles. En traversant les villages on est presqu'ennivré par l'odeur des raisns qui fermentent dans chaque cave ou garage des maisons. L'après midi je parviens à l'auberge municipale de Cacabelos. Etrange toutes ces unités de 2 lits rangées en fer à cheval autour de la vieille église du XVIIIe en réfection à la sortie du village. C'est somme toute assez correct et les facilités sont adéquates.Le soir tous les restaurants sont fermés (!) et il faut aller chercher du pain et du fromage pour improviser un souper. de plus, les Hollandais dans l'unité voisine ont ronflé comme des déments, je crois qu'ils avaient bu un peu trop au souper.
Le lendemain ça monte dur dans les vignobles. A partir de 8:30 hr les villages sont réveillés et les ouvriers partent aux vendanges. Le camino devient une autoroute remplie de tracteurs et de voitures transportant les ouvriers.
Il fait beau et chaud et ça sent bon le raisin. Je traverse Villafranca del Bierzo, une bien jolie ville à qui a conservé son allure du moyen-age. C'est un très bel endroit localisé au fond d'une jolie vallée. Les gens sont accueillants et ils n'hésitent pas à nous remettre sur le camino car celui-ci est plutôt mal indiqué.Je suis la route N6 qui longe la vallée du Rio Valcarce; durant plusieurs heures je ne rencontrerai que 3 ou 4 pélerins et guère plus de voitures qui, presque toutes, empruntent la nouvelle autoroute Madrid-O Coruna toute proche. Je décide de m'arrêter au beau petit village de Trabadelo qui semble être destiné à une mort lente à cause du peu de traffic qui y passe. Une gentille dame m'accueille à l'auberge municipale et c'est la routine de l'après midi : douche, lessive et lunch jusqu'à 16 hr. Des Français et une Hollandaise me rejoignent et nous passons une partie de la soirée ensemble. J'ai un peu d'appréhension pour demain car ce sera la montée au O Cébreiro. Ca va grimper jusqu'à plus de 1300 m alors qu'à Trabadelo on est à 575 m...
Le lendemain après-midi je suis dans l'euphorie la plus totale, je suis parvenu au sommet du O Cebreiro et la vue est à couper le souffle !
Le départ le matin fut agréable et la montée ardue, longue et sans pitié (aucun secteur plat après Las HErrerias). Après avoir passé un petit pont à la sortie de ce village, la route montre son vrai visage et ça grimpe de façon démente. Je vais ainsi souffler et peiner durant 4 ½ heures comme tous les autres vrais pélerins. Beaucoup de sentiers sont complètement défoncés et couverts d'énormes cailloux. Le soleil est au rendez-vous et, par moments, il brûle. On oublie tous ces efforts une fois au sommet.
Le paysage est sublime et à certains égards c'est encore plus beau que les Pyrénées, et pourtant !Mon épouse et moi avons fait une tentaive de téléphone/vision en temps réel grâce au site de la TV Galicienne qui possède une webcam qui diffuse en direct de l'auberge au sommet du Cebreiro. Je me suis placé devant cette caméra, j'ai contacté la maison par téléphone et, oh surprise, mon épouse pouvait me parler tout en me voyant en direct. ca nous a fait plaisir à tous deux.
Dans la soirée on nous informe qu'un cyclone va frapper la Galice cette nuit (il n'y a pas eu de cyclone en Galice depuis 14 ans). Il va donc pleuvoir et on annonce aussi de très forts vents. On verra bien; il reste 1½ semaine à mon aventure et tant pis si la pluie vient gâter ce voyage.
Le lendemain, au départ, tout est assez calme malgré les vents forts de la nuit dernière. Une heure après c'est la fin du monde ! Le vent est tel qu'on avance à grand peine. Plusieurs fois je suis arrêté net dans mes pas par un vent de face d'une force qui m'est totalement inconnue.
Et là la luie, que dis-je, les chutes Niagara s'abattent sur les quelques pélerins avec une force telle que tous mes papiers (incluant passeport, billets d'avion et credential) sont trempés. Vite je les mets à l'abri, le soir je devrai utiliser un sèchoir à cheveux pour les récupérer. Le vent et le déluge de pluie vont continuer toute la journée jusqu'à l'arrivée à Triacastella où le tout va diminuer quelque peu. Je me trouve une chambre de pension et grâce à la gentilesse du propriétaire je peux laver et surtout sécher mon linge dans ses machines. Merci mon Dieu ! Le 21 septembre 2006 restera une des plus difficiles journées de ma vie. je dîne avec une jeune anglaise et sa mère qui a beaucoup de difficultés. Elles me racontent qu'à l'auberge de Cebreiro, les fonctionnaires (en Galice ce sont des fonctionnaires qui opèrent les auberges) n'ont pas voulu leur accorder un lit car ils estimaient que sa mère, qui venait de la rejoindre, n'était pas un pélerin mais une "touriste"... Je n'en reviens simplement pas car je me souviens nettement d'un Italien qui a passé sa journée en voiture en attendant ses confrères qui marchaient a, lui, obtenu un lit sans difficultés !!!! Cette histoire m'a bouleversé et j'ai décidé à ce moment de faire un "répertoire de pélerins" en les classifiant selon leur genre.En guise d'intermède durant cette lecture je vous donne cette classification qui, il me semble, reflète assez bien tous les types de pélerins que l'on peut rencontrer sur le camino.
Classification des pélerins selon Michel
- Le vrai
Celui qui marche depuis des lunes. On le reconnaît à sa démarche chaloupée, son teint burinné par les éléments. On le reconnait aussi à son équipement : sac lourd, godasses usées et souvent crotées et à son linge propre mais usé.
Sous-catégories
a. le marathonien : celui parti à au moins 1000km
b. le demi-fond : typiquement celui parti de St Jean Pied-de-Port
c. le sprinter : celui qui fera les derniers 100 km à partir de Sarria. - Le touriste
Celui qui fait partie d'un voyage organisé. On les dépose en bus climatisé à un endroit du camino (normalement pas trop difficile) pour les reprendre quelques km plus loin et les amener, toujours en bus climatisé, dans un hôtel ou une "casa rural" avec bain, douche, TV. On le reconnait à son teint pâlot, à sa démarche légère, à son petit sac, sa petite bouteille d'eau et à ses godasses propres. Il a souvent le sourire aux lèvres et prend des photos des "vrais" comme s'ils étaient une curiosité locale.
Sous-catégories
a. le super équipé : fringué comme pour un trek de 2 mois dans les Himalayas (souliers high tech, batons en carbone et vêtements griffés).
b. l'innocent : il est là avec une paire de running, un bermuda, un polo Lacoste et un parapluie. Il faut le voir traverser les villages de Galice avec la rue principale couverte de 5 cm de bouses de vaches ! - Le tricheur
Celui-ci voudrait qu'on le confonde avec le vrai. Ils voyagent en groupe de 4 à 6 personnes (souvent des Français, des Allemands ou des Italiens). Ils ont une voiture et seulement une partie du groupe marche, équipé très légèrement. Les autres sont en voiture et transportent les gros sacs, les provisions, l'eau et tout le fourbi. Ils attendent les marcheurs tout au long du chemin pour les approvisionner, leur remonter le moral et casser la croute. A quelques dizaines de mètres du refuge on stationne la bagnole, tout le monde remet le gros sac, on se jette littéralement un peu de poussière sur les godasses, on s'asperge pour avoir l'air de transpirer et on prend des airs de martyrs du camino en arrivant au refuge. Ils volent des lits aux vrais. C'est le plus détestable des humains sur le chemin.
Sous- catégorie
Aucune car ils sont tous à mettre dans le même sac... à dos ! - L'autochtone
Lui, il est essentiellement Espagnol. Il apparaît sur le chemin les samedis et les dimanches, surtout quand il fait beau. il vient faire son p'tit bout de camino en groupe, avec des copains soit du bureau, de l'univ ou même avec son équipe de bowling. Il passe la nuit en casa rural dont il sort sur le coup de 9 hr (très tôt pour un Espagnol) enbaumant la lotion après rasage ou le savon Palmolive. Très peu équipé la joyeuse bande se forme et se met en marche en riant et en criant leur joie de faire ce trajet ensemble. Ils parlent fort et on se doit de remarquer leur présence. A midi, ampoules aux pieds, ils envahissent les bancs des parcs ou les aires de repos pour se soigner. Le dimanche midi ils sont disparus du paysage.
Sous-catégories
Sont catégorisés selon leur provenance (bureau, usine, université, ville ou village, etc...)
Ce matin, après le déluge d'hier, il fait sec malgré les nuages et je pars pour Sarria dans des souliers et du linge secs... quel bonheur. Je vais me ralonger un peu pour voir le monastère de Samos. Je bois beaucoup car je crois que la Meseta m'a quelque peu déshydraté et il faut y voir avant d'avoir de sérieux problèmes.
Il me semble que je suis moins fatigué malgré le chemin valloneux et les nombreux correidoros (cheminss couverts par les branches des gros chataigniers). Enfin Samos et par une trouée dans la haie je peux appercevoir ce merveilleux ensemble au creux de la vallée. Je m' arrête pour me restaurer un peu. Je reprends mon chemin et après quelques minutes la pluie recommence à tomber. Dix minutes plus tard il fait à nouveau soleil !La route pour Sarria est longue et assez monotone mais plate. Quand j'arrive dans les faubourgs la pluie recommence et la rue monte raide pour atteindre une auberge déjà pleine. Il est vrai que c'est le point de départ des marcheurs qui ne veulent accomplir que les 100 derniers km, ceux que je nomme les vrais sprinter... Enfin je trouve une auberge privée (10€ la nuit et 8€ pour un bon diner.
Depuis aujourd'hui les visages du camino ont changé. Il y a plein de nouveaux visages et les rencontres des jours précédents ne sont plus là, soit en avant, soit en arrière. Beaucoup de nouveaux visages et le nombre de marcheurs augmente considérablement. Je ne resterai pas une journée à Sarria mais demain je me dirige vers Portomarin où je prendrai une journée de repos et où je vais attendre mon cousin qui va venir marcher avec moi la dernière semaine.
Dans la nuit je me réveille et j'en profite pour appeler mon petit fils dont c'est aujourd'hui l'anniversaire, il a 7 ans. Quel bonheur d'entendre sa voix et de le savoir heureux et en santé. Je me recouche et malgré le déluge de pluie à l'extérieur je dors jusqu'à 7 hr.Au matin, pas de déjeuner disponible mais heureusement qu'il me restaient 2 ou 3 biscuits et un peu de chocolat; ça devrait me suffir jusqu'au prochain bar ouvert. Je pars dans la pluie. je rencontre les 2 anglaises de Triacastela qui progressent lentement dans cette flotte. En cours de route la pluie cesse et je décide de poursuivre d'un bon pas jusqu'à Portomarin afin de me prendre une chambre pour attendre mon cousin Stéphane.
En cours de route je crois un jeune homme estropié qui marche avec beaucoup de difficultés. En le dépassant je lui souhaite un "buen camino" et nos regards se croisent. Ses yeux sont noirs et expriment un courage d'une telle force intérieur que j'en suis bouleversé. Ca remet tout en perspective et moi qui n'a aucun handicap mais qui se plaint souvent je trouve ce garçon d'une telle force que je me promet de ne plus gémir sur mes petits bobos.
A Portomarin Stéphane me fait parvenir un sms m'annonçant son arrivé demain, tel que prévu. Superbe, car j'ai hâte de le revoir. Liv aussi m'annonce qu'elle progresse vers Samos après un petit problème au cou. Je fais la grasse matinée jusqu'à 9 hr; après un bon déjeuner je fais la visite de Portomarin. Il recommence à pleuvoir quand, vers midi, on frappe à la porte; c'est mon cousin qui a marché depuis la sortie de Sarria sous des trombes d'eau... il a l'air détrempé le pauvre dans le corridor sous son poncho, qu'il continuera d'appeler sa pélerine jusqu'à Santiago. On passe l'après midi et la soirée à parler de nos familles et du chemin qui reste à faire. C'est bien agréable.On part vers 8 hr, nuageux mais pas de pluie. On a décidé qu'on s'arrêterait à Eirexe. ca monte tout le temps pendant des km. C'est de loin une de mes plus mauvaises étapes. de plus le nombre de pélerins est effarant, on se croirait au centre d'achat un samedi midi. Les villages ne sentent pas particulièrement bon, c'est assez sale et les mouches sont très nombreuses. Stéphane en rit mais dans le fond c'est terriblement dégoutant. Eirexe se compose en tout et partout de 5 à 6 maisons dont 2 restos-bar et l'auberge municipale.
La plupart des pélerins arrêtent içi pour manger. On a, nous aussi, mangé en dépis des mouches et là j'ai gouté le pire vin rouge qu'il m'ait jamais été donné de trouver. Quand le pichet est arrivé il fumait; je crois qu'on y avait mis un cube de glace sèche... Au gout ce n'est pas du vin mais une espèce de mélange chimique qui ressemblait à de l'alcool méthylique, du poison ! Jamais de toute notre vie Stéphane et moi n'avions gouté quelque chose de pareil, et pourtant Dieu sait si on en a vidé des bouteilles ! C'est vraiment très dommage car en Navarre et dans le Rioja j'avais bu de très bons vins. La Galice n'est pas dans ce groupe.Dans la petite auberge d'Ereixe on est à 7 personnes et 300 mouches dans une petite chambre et, comble de malheur, au matin il n'y a plus d'eau courante. Pas vraiment la meilleure journée. J'entame ma 4e semaine en Espagne et on annonce un léger réchauffement des températures quoique la pluie reste dans les prévisions pour les prochains jours.
Le lendemain on arrive à Melide dans une grosse chaleur, moi qui m'était juré de ne plus marcher entre 13 et 14 hr. Il fait vraiment chaud. J'ai fait plus de 440 km à date. Melide est un gros bourg à la croisée de deux routes nationales. Il y a du traffic, des gens et des restos à volonté.
On y a mangé une très bonne soupe de poisson et des pâtes (plutôt rares en Espagne sauf pour les macaronis). Liv me dit qu'elle approche de Palas de Rey que nous avons traversé ce matin.On traverse Arzua, petite ville assez morne, dans la brume épaisse; le soleil ne fera son apparition que très tard l'après midi. Stéphane et moi discutons beaucoup de notre famille. On approche à grands pas de la fin du chemin et j'en suis heureux. Je n'ai pas cette appréhension des vrais marathoniens du camino qui voient avec crainte approcher la fin du périple. C'est pour moi un bel accomplissement et je ne le referai pas, ni le camino francès, ni un autre.
Départ de Arzua après une nuit humide et chaude. Nous partons vers 7:30 hr après un café/croissant. La matinée est très humide, de la bruine et du brouillard. On monte tout le temps parmi ces petits villages galiciens qui ne sentent vraiment pas très bon. On est maintenant à environ 25 km de Santiago. On arrête à Santa Irene où nous rencontrons un couple belge de Namur. Ils sont gentils et terminent le camino après 6 ans de courtes étapes chaque année. Malheureusement il n'y a pas de place pour se restaurer à moins d'un km. On fait donc 2 km pour diner ! Quand on revient l'auberge est pleine. Je prends du soleil l'après midi et j'écris.
Ca sent la fin de quelque chose et j'ai hâte d'arriver à Santiago car ma famille me manque.Départ vers 7:30 hr; il fait encore très humide, un sale petit crachin qui s'insinue partout et qui vous gèle les mains.On arrive à Lavacolla et il se remet à tomber des clous. Un avion atterri comme nous passons au bout des pistes de l'aéroport. On arrête dans le village pour prendre un café et la pluie redouble. La montée vers les édifices et les tours de la télé galicienne se fait sous des trombes d'eau. Quand on arrive à Monte de Gozo et ce grand rassemblement de bâtiments gris, on décide de stopper car on a l'air de 2 vraies éponges. Des touristes arrêtés à la chapelle nous ont regardé passer avec tant de tristesse dans les yeux que s'en était pathétique. Un bon repas à la cafétaria et quelques bières plus tard on est remis d'aplomb et prêt pour notre entrée dans Saint Jacques de Compostelle.
Pendant que mon lavage se fait je discute un peu avec une allemande quand un monsieur agé entre. C'est un haïtiens qui fait le voyage depuis Sarria (un vrai sprinter). Il place son linge sale dans la machine et s'appercevant que son pantalon est sale, il n'hésite pas, l'enlève et se retrouve en caleçons devant la dame allemande et moi. Pas surprise le moins du monde elle continue d'alimenter notre petite conversation. C'est ça aussi le camino, on met de côté ses façons de faire; on a vécu la promiscuité, sans jamais de grossierté, sur le chemin et le "déculotage" du vieux monsieur causerait tout un scandale ailleurs qu'ici.

Dernier départ pour une très courte étape et il pleut à boire debout. On entre dans la ville et je retrouve ses bruits de voitures et de la vie qui s'éveille. On avance lentement et bientôt on pénètre sur laplace de l'Obradoiro et enfin je regarde, plein d'admiration, et avec plein de pluie dans les lunettes ce que je voulais atteindre, la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle. Quelques pélerins autour de moi mais des centaines de touristes aussi. Je monte, la gorge serrée, les marches pour passer sous le porche de la Gloire. Je place ma main dans cette empreinte faite par des millions d'autres mains de pélerins dans une des colonnes du porche. C'est très émouvant. Stéphane fait le même geste.
On fait le tour de la cathédrale, sac au dos et complètement trempés. Elle est belle mais je m'étais imaginé qu'elle était plus vaste. Très bel autel et, horreur, pas de botafumeiro, ce gros encensoir que l'on bascule avec force d'un côté à l'autre des nefs latérales lors de grandes cérémonies. C'est comme Le Louvre sans la Joconde !
Le lendemain, non seulement il est revenu pour la messe de 12 hr mais je le verrai en action, c'est très impressionnant.On visite Santiago de long en large et je visiterai le musée du pélerin mais celui sutout du trésor de la cathédrale qui renferme de superbes sculptures, de merveilleuses tapisseries faites à partir de cartons de Rubens et de Goya, la superbe bibliothèque et de nombreux objets de culte. Tout ça sous des tonnes d'eau car maintenant il pleut presque de façon continue, c'est vraiment dommage.
On passera une journée pour aller en bus à Fisterra, la fin de la terre. Les paysages sont vraiment très beau et on a le temps de bien les admirer. Fisterra est un beau petit village de pêcheurs et le cap est magnifique. En revenant, la pluie se remet de la partie. Stéphane retourne chez lui le lendemain après midi et c'est avec beaucoup d'émotions que je lui dit au revoir. Il part dans la pluie son poncho, pardon sa pélerine, sur le dos. (Voir Notes sur la pélerine)
Adieu Stéphane et à bientôt j'espère.
Le lendemain à 4 hr je me lève pour prendre l'avion de Madrid et finalement retourner chez moi après toute cette merveilleuse mais difficile aventure du corps et surtout de l'esprit.

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Notes sur pélerine vs poncho
... Je marquerai toutefois un léger désaccord sur un point d’onomastique que l’on pourrait trouver léger si vous n’y insistiez vous-même. En fin de journal, vous semblez en effet déplorer l’obstination de votre cousin à appeler pèlerine son poncho. Or, le contexte, et singulièrement la documentation photographique qui agrémente vos propos, me paraît justifier pleinement un choix terminologique que vous déplorez à tort de façon sarcastique, l’étymologie et la sémantique plaidant ici à charge en ce qui vous concerne.
Le mot poncho, déjà utilisé en castillan depuis le XVIe siècle pour désigner aussi bien une couverture que l’on pose sur la croupe du cheval qu’une épaisse chemise de nuit, apparut en 1716, dans une relation de voyage au Chili et au Pérou, pour nommer un manteau de paysan fait d’une pièce de tissu en laine percée d’une ouverture pour la tête. Le sens s’est figé jusqu’au milieu des années 70, quand la littérature de mode s’est emparée du terme pour l’étendre un peu abusivement à des capes, des robes et même des vestes, le point commun justifiant le mot poncho étant d’être des pièces de vêtement courtes, bariolées, en laine rude. Notons que la fonction première de ce vêtement de dessus est de se protéger du froid des hauteurs andines, et accessoirement de la pluie. Mais, dans cette seconde éventualité, sans aucune vertu imperméable attestée !
D’abord employé, par allusion au vêtement des pèlerins, pour désigner le fichu d’étoffe légère masquant le décolleté des dames, puis, dès 1830, un collet de femme couvrant les épaules et la poitrine, le mot pèlerine s’applique ensuite très vite, dès 1846, à un manteau long sans manches, pourvu d’un capuchon, et enfilé, si j’ose m’exprimer ainsi, par le sexe fort dans l’exercice d’activités extérieures susceptibles de le confronter à un climat humide. Ainsi, jusqu’aux années 60, facteurs des postes ou écoliers ne peuvent être portraiturés sans leur pèlerine. Par métonymie, les gardiens de la paix français seront même appelés des pèlerines, tant cette partie –féminine ! –- renvoyait à un tout –policier ! . Avec la révolution sexuelle, la pèlerine, dans sa version longue, finit par s’ouvrir au sexe féminin.
Convenez que tout est bien qui finit bien et que, en toute modernité, la pèlerine revient au pèlerin !
Stéphane Baurins alias Pierrette Mainguet-Hounet







