Mon chemin de Compostelle
Partie 1 - de StJean Pied de Port à Burgos
... Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni réussir pour persévérer

A Santiago, nunca se llega; Solo se va.
Si vous désirez écouter de la musique reliée à St Jacques voici Ultreïa (chant du XIIe siècle) et l' Hymne de Santiago (par la chorale accompagnée des orgues de la cathédrale de St Jacques de Compostelle). Les deux chants sont enregistrés en mp3.
Pour voir mon diaporama de Saint Jean Pied de Port à Burgos, cliquez ici
Depuis longtemps déjà le nom de Saint Jacques de Compostelle me semblait mythique et, sans vraiment savoir pourquoi, je me disais bien qu'un jour j'irais dans cet endroit et que je marcherais dans ce chemin où, depuis mille ans, les pas des pélerins s'impriment dans cette terre d'Espagne. L'envie de partir me vînt au printemps de 2005.
J'ai préparé mon trajet depuis un certain temps, j'ai lu énormément sur le chemin à parcourir, je me suis fait venir le guide du Camino Francès de Jean-Yves Grégoire et Louis Laborde-Balen, j'ai préparé mon sac avec minutie et je me suis entraîné très régulièrement. Je suis parti à la mi-septembre 2005, l'esprit léger mais sans vraiment savoir ce qui m'attendait réellement.
Vu que je voulais partir de Saint Jean-Pied-de-Port, en France, j'ai pris l'avion de Montréal à Paris, un autre de Paris à Biarritz, un taxi de l'aéroport à la gare de Bayonne et un petit train de Bayonne à Saint Jean Pied de Port. Parti la veille à 20 hrs 25 je suis arrivé le lendemain à 19hrs 30 à destination... longue journée de 24 heures!Heureusement il fait beau (23°C); à la gare, je pars sac au dos à la recherche de mon auberge au 21 rue d'Espagne. Je trouve facilement car je connais un peu la ville pour y être venu il y a 3 ans. Le proprio est en congé et c'est une Québecoise "hospitalera" qui m'accueille. Elle m'indique mon lit dans la grande salle avec 6 autres lits. Un peu plus tard une jeune Brésilienne viendra s'installer dans le lit à côté... et oui les auberges sont mixtes ! Elle ne parle ni anglais ni français, ça doit être dur pour elle. Plus tard un autre Québecois et 2 Hollandais viennent nous rejoindre. Un des ces deux individus ronflera tellement que je ne dormirai pas beaucoup.
A 20 hrs je vais souper à un resto pas loin de l'auberge. C'est bon. Je retourne à l'auberge et je me couche; il fait chaud, je dors peu.
A 5 hrs 45 les 2 Hollandais se lèvent, quel bazar ! Ils sont bruyants; ils s'habillent et font leur sac à la lumière d'une lampe de poche. Moi je reste au lit jusque 7hrs 15, je me lave et je vais déjeuner. Rencontre de 2 Belges et de 2 Françaises. Tout le monde est gentil et parle beaucoup. Je fais et refais mon sac 2, 3, 4 fois car je suis un peu stressé à l'idée du départ.Finalement à 8 hrs 45 je pars; il y a de la brume et une petite pluie.
Deux heures plus tard le soleil reviendra et la journée sera magnifique, du moins côté température !
Le départ commence raide, ça grimpe fort et ça continue de monter. Au lieu je vois la route qui monte de façon vertigineuse; ça va durer plus de 6 km. A partir de Hunto, une ferme gîte et une maison, l'ascencion reprend de plus belle et le soleil tape. Mon litre d'eau s'épuise rapidement et aucune fontaine sur le bord de la route. Finalement vers 13 hrs j'arrive à l'auberge refuge d'Orisson où j'ai planifié me restaurer et passer la nuit. Je n'ai fait que 8 km mais considérant ma nuit en avion et celle à St Jean PdeP où les Hollandais ont ronflé comme des tondeuses à gazon, c'en est assez et je vais bien me reposer.
Bel accueil à l'auberge, j'y retrouve Alain, un des deux Belges vu au déjeuner le matin. Après avoir rangé mon sac je mange et Alain et moi on boit une bouteille de rouge de la région, c'est sympathique. Le reste de la journée je me repose fait un lavage, prend une douche et j'attend le souper où on va discuter avec un couple d'Allemands, deux Français, deux Anglais Alain et moi. Dodo à 22 hrs car demain il y a plus de 18 km à faire dont au moins 12 en montée...Le lendemain, après un bon petit dèj, je pars à 8 hrs 30. Cette fois la montée est un peu plus douce mais elle sera longue. La température baisse au fur et à mesure de la montée. Je passe enfin à la Vierge d'Orisson à 1000 m; il reste encore plus de 400 m de dénivellé avant d'atteindre les cols pour passer en Espagne. Les arbres ont disparu, il n'y a plus que des pentes herbeusese où paissent quelques moutons sous l'oeil inquiétant de gros vautours bruns qui tournent dans le ciel. J'atteind les nuages et il commence à pleuvoir un peu. Je chevauche maintenant la crête du col de Lepoeder (1458 m) et d'un côté c'est la France, de l'autre l'Espagne. Je traverse la frontière à la fontaine qui marque l'entrée dans la province de Navarre que je vais traverser dans les prochains jours.
Et puis là, tout d'un coup la descente sur Roncevaux. La pente est sauvagement raide, emplie d'ornières et de cailloux et en plus rendue glissante par la pluie. C'est affolant et je m'élance dans la forêt de chênes. Je retrouve Alain qui a bien faillit se casser la pipe dans la descente et on descend ensemble. Mes genoux et mes orteils sont en ébulition ! Et tout à coup on voit le toit de la collégiale de Roncevaux... j'ai traversé les Pyrénées mais je suis trop fatigué pour m'extasier sur ma performance. On va prendre une bière(2) au bar de l'hôtel.Je dors dans le grand dortoir très bien tenu par les hospitaleras hollandaises. Elles sont aimables et offrent un système de lavage et sèchage de linge à de très bas prix. Après une bonne nuit et levé tôt je vais entreprendre ma 3e journée sur le Camino Francès.
La cloche de la collégiale de Roncevaux sonne 7 hrs 30 comme je quitte le gîte; il fait encore un peu sombre mais le chemin, longeant la route, on ne peut se perdre. A Burguete je m'arrête dans un bar pour prendre un café et un muffin à l'orange; dommage qu'il ne soit pas possible de déjeuner à Roncevaux. Il fait beau et chaud.
Et puis on retombe dans le quotidien du Camino : les montées et les descentes. Près de Viscaret la montée ardue prend 2 heures pour atteindre le Alto Cerro. Au sommet je casse la croute avec un peu de pain, du fromage et quelques fruits secs. Et puis devinez quoi! ça descend de façon démentielle jusqu'à Zubiri où je vais faire la halte pour le reste de la journée. J'arrête dans un joli petit refuge privé tenu par Maria. Très propre et seulement 10 euros pour la nuit.Une première ampoule, que je soigne aussitôt, fait son apparition et mon pied gauche me fait mal. Souper au resto du village, pas trop excitant.
Réveil à 7hrs 30 et départ après un café et quelques biscuits vers Pampelune. A la sortie de Zubiri je longe l'immense usine qui traite les magnésites et qui défigure carrément le paysage sublime de la vallée. Encore aujourd'hui le soleil est au rendez-vous. Des chevaux bloquent le sentier et je me fraie un chemin parmi eux, un instant je crains de recevoir un coup de patte mais ça va, ils sont calmes. Je m'arrête maintenant à toutes les heures dans un coin ombragé, je met mon sac à terre et je bois. Je ne me nourris pas très bien si ce n'est pour le souper. Mon pied gauche me fait plus mal et deux autres ampoules apparaissent. Je soignerai cela à Pampelune.
Je traverse de charmants petits villages très calmes et finalement la ville de Villava. Il y a une fête dans le quartier avec de grands manequins que l'on transporte et il me semble que toute la ville est dans la rue. Des gens ont revêtu leur costume folklorique basque. Je traverse la ville et reprend le camino et bientôt les tours de la cathédrale de Pampelune apparaissent. Quelle belle vision !L'entrée dans Pampelune se fait par le chemin montant le long des murailles et prenant par la porte dite de Zumalacàrregui ! Je traverse la vieille ville et le camino nous fait traverser le grand parc de la Ciudadella et les nouveaux quartiers. Je m'arrête dans le parc et je décide de rester un jour à Pampelune. De plus, demain c'est dimanche et j'ai très mal au pied gauche. Je me trouve un hôtel et je me repose après une douche qui a du couler pendant 25 minutes... Je soupe avec du pain, du chorizo, du fromage et une superbe bouteille de vin de Navarre - du Crianzo de Togal qui est excellent malgré son prix de 2,48 euros la bouteille !
Le lendemain malgré une légère pluie et mon mal de pied je pars à la découverte de Pampelune. La vieille ville est très jolie.
A la cathédrale qui ouvre à 10 hrs je rencontre les 2 Anglais vus à Orisson. Ils sont très sympa. Un des deux souffrent d'un pied et ils ont décidé d'arrêter ici; demain ils prennent le train pour Léon et après retournent en Angleterre. Je me promène dans les rues près de la Plazza des torros, où à la San Fermin il y a cette course stupide des gens devant un troupeau de taureaux laissés en liberté. L'après midi je fais le tour de la Ciudadella et de son beau parc. Au dodo assez tôt car demain je dois affronter la Sierra del Perdon, dès la sortie de Pampelune !Je quitte le confort de l'hôtel vers 8 hrs et après avoir traversé la cité universitaire, j'arrive à Cizur Menor, charmant petit patelin que l'on atteint après un charmant raidillon... Du village on voit la montagne (une autre) qu'il va falloir affronter. Sur le sommet cours des dizaines d'éoliennes qui semblent petites mais au sommet je pourrai constater que, de fait, elles sont immenses. je grimpe pendant presque trois heures et malgré le soleil il fait assez froid à cause du vent qui est assez fort. Au sommet on y découvre ces fameuses sculptures de fer représentant des pélerins.
Devinez quoi ? La descente dans les cailloux et les grosses pierres est vertigineuse; ça descend à pic. Heureusement c'est sec donc on ne glissera pas beaucoup quoique... Vers midi je m'arrête à Iturga pour un sandwich et un bon verre de vin du pays. Après un petit repos je repars vers Obanos. Au refuge je suis seul; je prends une douche en toute tranquilité. J'ai froid et l'endroit est tristounet. Je refais mon sac et je décampe, après avoir salué le responsable, et je pousse pour 3 km de plus en direction de la mytique Puente la Reina. Là je suis content, il y a du monde, ça parle.C'est un beau petit village qui fait très "moyen age" avec ses vieilles rues et ses belles maisons. Je ne peux pas me promener beaucoup car j'ai fait plus de 22 km aujourd'hui et mes orteils me le rappellent. La nuit sera pénible car même après avoir bien soigné les ampoules du pied gauche, je pourrais hurler quand je met mon bas. Assez de chialages !
Je quitte Puente la Reina, un peu avant 8 hrs, pour Estella.
Sur le camino, dans cette région, il y a beaucoup de vestiges romains (ponts, chaussées) car souvent on marche sur les routes de pierres construites par les légions romaines qui allaient d'Italie en "Hispanie". C'est admirable que malgré des siècles ces constructions soient encore relativement en bon état et utilisables. Vers midi il fait très chaud et mon eau s'épuise vite. Je demande à un monsieur si je peux remplir ma bouteille et pour réponse il me dit que le prochain village est à 1 km et que sur la place il y a une fontaine ! Tant pis pour l'esprit d'entraide entre les pélerins et la population locale ! Je trouve la fontaine et je dois bien ingurgiter 2 litres d'une excellente eau et de plus très fraîche.Finalement j'arrive à Estella et je prends l'auberge à l'entrée de la ville. Là, je retrouve les 3 Australiennes vues au souper à Zubiri, la Franco-québecoise et l'Anglaise rencontrées il y a 2 jours (ce seront mes voisines de lit). Ca devient presqu'une famille ! Je fais le tour de la ville et je suis surpris à quel point Estella est une belle ville, vieille et moderne à la fois avec des rues bourrées de magazins et une belle patisserie où je succombe à la tentation des gateaux qui sont dans la vitrine. Au souper je rencontre un autre Québecois et partage ma bouteille de vin avec un pélerin Français qui vient de Rennes en vélo.
Le lendemain je pars vers Irache où, tradition commerciale oblige, je m'arrête à la fontaine où coule le vin. Il est 9 hrs alors une gorgée suffit. La campagne est maintenant presque totalement recouverte de vignes à perte de vue et des 2 côtés du camino. C'est superbe mais l'ombre se fait rare et entre midi et 14 hrs il faut se trouver un petit coin pour reposer un peu et se rafraichir. Je me trouve un endroit où sont déjà quelques jeunes germanophones (1 Allemand et 2 Autrichiens); très gentils, ils m'offrent des raisins (pris sur les vignes aux alentours) et je me repose durant une heure. Je reprends le chemin et la chaleur est intense. Après 4 km j'arrive à Los Arcos. Geste sympa des habitants : à l'entrée du village les gens placent sur le devant de leur maison, à l'ombre, de grandes bouteilles d'eau fraîche pour les pélerins. Vu que mon eau est plutôt chaude j'en prends quelques grandes gorgées. .Au refuge, grosse douche, gros lavage et soins aux pieds (une autre ampoule au pied gauche). Le soir, à 19 hr 45, les cloches de la grande église de Los Arcos sonnent, le curé sort sur le parvis, quelques fidèles l'accompagnent et ils partent en procession dans le village. Vers 20 hr ils reviennent, cette fois plus nombreux, ils rentrent dans l'église et le curé dit la messe. Ceci se reproduit TOUS les jours. Nous sommes au coeur de l'Espagne très catholique.
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Une petite parenthèse pour décrire la routine dans une auberge (albergue), qu'elle soit privée ou tenue par la commune ou une association.
- Les pélerins commencent à arriver entre 14 et 15 hrs;
- On s'enregistre avec sa crédential ou passeport du pélerin qui vous accompagnera tout au long du voyage. sans la crédential vous ne pouvez accéder qu'aux auberges privées;
- On se fait apposer le tampon (sello) de l'auberge en preuve de notre passage;
- On vide son sac et on installe son sac de couchage sur le lit qui nous a été assigné (lit à 2 étages, de 10 à 100 places dans le dortoir, hommes et femmes dans le même endroit);
- La douche (toujours chaude durant mon trajet), on pourrait y rester des heures;
- On soigne ses blessures (presque tout le monde a des bobos à soigner);
- On fait du lavage (toujours à l'eau froide) et a va faire sécher dans la cour ou le jardin;
- On relaxe un peu, on écrit ses notes de la journée, il est aux environs de 18 hrs 30;
- Un tour de ville pour voir surtout les églises et comment vivent les gens, d'autres ne visitent pas et préfèrent rester à l'auberge;
- Durant la promenade on s'approvisionne pour le souper, le déjeuner et quelquefois le diner du lendemain si on sait que l'on va être dans le "désert" durant ces périodes;
- Vers 19 hr 30 c'est le branle bas de combat dans l'espace cuisine (quand il y en a un). Certains mangent froid, d'autres se font des pâtes ou des mets congelés. Il y a une belle animation et les premières bouteilles de vin se débouchent...
- On se couche avant 22 hrs car à cette heure les hospitalero éteignent les lumières;
- La nuit ça peut ronfler dur, moi ça me dérangeait;
- Vers 6 hr 30 les premiers se lèvent et bientôt plus personnes ne dort;
- A 7 hr c'est la ruée vers les toilettes et les lavabos;
- Certains déjeunent, d'autres non et vers 8 hr l'auberge est presque vide, tout le monde est en route.
Je quitte Los Arcos vers 8 heures, après un léger p'tit dèj ! Pas un nuage dans le ciel. La marche est agréable quoiqu'interompue par la rude montée vers Sansol, et là... je manque mon indication et comme un zouave je me trompe de chemin et je dois faire un ou deux km avant de m'en appercevoir. J'avais une courte étape et je me tape un 4 km inutilement. En rebroussant chemin je rencontre une allemande qui a fait la même erreur; de loin je lui indique de retourner. Elle me comprend et pour me remercier elle m'attendra à la pancarte que j'avais manquée ! Danke !
Vers midi il fait très chaud et je bois presque toute ma bouteille d'eau assis sous un olivier. Je continue sous un soleil de plomb. Heureusement à l'entrée de Viana il y a une belle fontaine où coule une eau très fraîche. Je grimpe jusqu'en haut de la petite ville. Je m'y arrêterai pour la nuit au l'auberge. Je me soigne.
Le matin je descends vers Logroño. Je traverse le Rio Ebro pour aller visiter cette belle ville et sa belle cathédrale. J'en profite pour m'empiffrer dans un resto où, pour 12€, je "tape" une entrée, un steak, un déssert et le très bon Rioja à volonté. La marche de l'après midi est pour le moins "lourde"; j'en oublie presque mon pied gauche. Je ferai étape au refuge de Navarrete.
Le lendemain, départ à l'aurore car il fait trop chaud vers 13 heures. je ferai la plus grande distance tôt le matin et après 15 heures. Je passe à Najera en direction de Santo Domingo de la Calzada, belle ville faite par et pour les pélerins au coeur de cette belle région du Rioja. Je continue ainsi 3 autres journées (une de légère pluie comme à Pampelune); je traverse de nombreux petits villages au nom enchanteur : Recedilla del Camino, Castildelgado, Belorado, Espinosa et San Juan de Ortega. Les monts de Oca m'ont bien fatigué !
C'est par une belle journée d'automne que je suis parvenu dans les faubourgs de Burgos. Très grande ville, beaucoup de voitures et la traversée de la ville, sac au dos, est très étourdissant pour quelqu'un qui arrive du Camino où, seuls, les oiseaux et le vent font du bruit!!!
Je décide que c'est ici que va s'arrêter le chemin en 2005. Mes pieds ont besoin d'au moins 2 jours pour guérir et je crois que j'aurai besoin de ces journées pour découvrir la ville. Je me gâte et je prends un bel hôtel près de la gare d'autobus, près de la vieille ville et la cathédrale. Les douches sont géniales, le lit est doux et aucun ronflement pour me réveiller.
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Partie 2
de Burgos à Santiago de Compostelle






